Cidecs Haiti - Développement de Saint-Marc

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Chronique des Hauts de Saint-Marc
Écrit par Harold Errié   
Mardi, 15 Juin 2010 08:32

Harold Errié, président du CIDeCS, nous a fait parvenir ce récit pittoresque d'une journée de travail dans les Hauts de Saint-Marc. Le projet de remise en état des canaux d'irrigation  l'amène à parcourir toute la région pour faire un état des lieux et contacter les agriculteurs afin de trouver avec eux les meilleurs solutions pour l'amélioration de l'agriculture.

Voyage dans la Région de Lalouère

1 juin 2010

Je me suis réveillé à quatre heures trente du matin. Je me suis longuement préparé pour le voyage en me munissant de tous mes outils et instruments : crayons, papier, caméra et GPS.
A six heures, j’ai pris mon café au bord de la rue, en face de chez moi. Après avoir patienté une bonne petite heure, Madame Cyrius m’a servi une grande tasse de café noir sans sucre que j’ai bu d’un trait. Je suis retourné ensuite à la maison pour prendre congé de Claire.

Je suis parti pour les Hauts de Saint-Marc en taxi-moto, accompagné de James Destin, l’un de mes agents de sensibilisation, pour rejoindre à Badomo mon autre agent de mobilisation, Erick Joseph. Nous avons effectué notre première escale dans la localité de Hobion-Abricot à deux kilomètres de la Ville.

Nous nous sommes arrêtés sur le chantier en cours de la CHF International dans le cadre du Projet de Protection des berges de la Grande Rivière de Saint-Marc qui longent la Route des Hauts de Saint-Marc.
Nous avons rencontré là une foule de gens qui nous ont interpellés sur l’avenir du chantier et le futur déroulement des travaux. Des plaintes et des réclamations fusaient de partout car, à vrai dire, le chantier était interrompu par manque d’argent de la part du Donateur, en l’occurrence la CHF International. Il y avait parmi la foule un sentiment de déception mêlé à un sentiment d’impuissance car les gens étaient assoiffés de travail en ces moments de crise économique et d’emplois dans le pays même si le gain journalier était véritablement maigre : 200 Gourdes par jour, soit 3.85 Euros par jour ! : Une aumône pour n’importe quel Européen. 090
Nous avons immédiatement pris la décision de remédier au problème, donc d’aider les revendicateurs, en faisant dresser une liste de toutes les personnes présentes tout en consultant au préalable et à l’amiable le superviseur général qui a consenti à notre action car lui aussi était désireux de reprendre son boulot. Nous avons rapidement nommé un représentant choisi parmi eux sur place afin d’aller remettre la liste au Directeur Régional de la CHF lui-même, Mr Régis Terrien, un Agronome français, qui avait travaillé par le passé au Tchad pour l’USAID, l’Agence du Gouvernement Fédéral Américain et également pendant deux ans pour l’ONG américaine CARE aux Gonaïves. Heureusement les travaux ont repris une semaine plus tard.

100Nous avons fait une nouvelle halte, cette fois, à Durantin, localité située à 800 mètres du Pont d’Hobion-Abricot. Il y a là une carrière de remblais, affermée à l’Etat par la famille Enaillo Nonez, que l’on exploite occasionnellement pour les travaux de réfection de la Route des Hauts de Saint-Marc.

094Nous avons profité de l’occasion pour effectuer une réévaluation sur l’état physique du canal qui traverse la Route en cet endroit. Il convient de rappeler qu’il y a tout juste un an le CIDeCS et l’OIM avaient entrepris une étude de préfaisabilité technique en cet endroit et les conclusions ou synthèses avaient nettement dépassé les expectatives. A l’époque, Grégory Saieh, un jeune Ingénieur Civil de l’OIM, avait estimé que la solution appropriée consistait à ériger un Pont de même importance que celui de la Rivière Veuve en amont de la Route dans la localité de Guichamp.

Nous avons peu après discuté avec un camionneur sur le danger que représentait cette carrière en temps de pluies et qu’il devait cesser de s’y approvisionner. L’extraction de remblais est d’ailleurs mal réglementée en Haïti. Nous avons interpellé quelques chauffeurs de taxi-motos sur l’importance de faire réguler le trafic routier des Hauts de Saint-Marc et de contribuer aux travaux d’entretien de la Route. Quelques minutes après, nous avons repris la Route en direction de Badomo.

A notre arrivée, Mr Erick Joseph était là devant chez lui et nous attendait déjà. Visiblement contrarié par notre retard, il a esquissé tout de même un grand sourire en venant à notre approche. Après avoir échangé des salutations et quelques formules de politesse, du genre « Onè-Respè » (Honneur-Respect), nous avons repris notre chemin toujours en empruntant la Grand-route de Lalouère mais, cette fois, à pied, une fois congédié notre chauffeur de taxi-moto. Nous étions sur le point de parcourir les cinq Kilomètres restants jusqu’au terminus de Lagarène.

Nous avons effectué plusieurs haltes avant de parvenir à Lagarène. D’abord, nous sommes passés chez  Lapia Destiné, l’un des dirigeants d’OP 4, qui nous a invités à partager son petit déjeuner : riz et kalalou arrosé d’une sauce de thon. Mr Erick Joseph s’en est abstenu car il avait eu le temps de se restaurer chez lui. James et moi avons pris chacun une bonne assiettée et avons mangé « à ventre déboutonné », comme on dit en créole, c’est-à-dire sans mesure. 

Après avoir quitté allègrement la demeure du capitaine Lapia, nous avons fait escale à Baryè Batan, un grand carrefour qui sert d’intersection à la Grand-route et à celle de Procou. Arrivé en cet endroit, nous avons pris une heure pour visiter un magnifique chantier de l’OIM. Les travaux étaient impeccables. Il s’agissait d’un chantier de construction du Canal de Moreau à l’entrée de Procou, le canal de cette localité ayant été effectué par le Programme des Petits Périmètres Irrigués (PPI) en 2002.

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Après trois quarts d’heure, nous avons une nouvelle fois repris notre chemin toujours par la Grand-route.

Et tout juste à la limite de la localité de Moreau, nous avons accédé au nouveau Pont construit par l’OIM en partenariat avec le CIDeCS en 2009. Un chef-d’œuvre d’infrastructure en milieu rural, les Hauts de Saint-Marc. Ce Pont mesure 13 mètres de long ; son emprise est de plus de 7,5 mètres et sa hauteur d’environ 4 mètres. L’ancien Pont avait été détruit lors du passage des cyclones Gustav, Hanna et Ike en 2008. C’était précisément sous la demande du CIDeCS, expresse mais informelle, lors d’une conversation avec Mlle Jennifer Mc-Cormack, directrice du Bureau Régional de l’OIM à Saint-Marc, que la décision avait été prise, un soir d’été 2008. C’est sans doute également le plus magnifique projet jamais réalisé dans les Hauts de Saint-Marc, encore plus beau que tous les Projets du CIDeCS.
Après avoir examiné l’infrastructure sous tous les angles, nous avons décidé de retourner sur nos pas afin de nous désaltérer dan un petit poste de vente aperçu à Baryè Batan.

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A la petite épicerie de Baryè Batan, nous avons acheté spécialement de l’eau en sachets et des boissons rafraichissantes car nous avions soif.
Quant à moi, je me suis retiré sous un bananier pour fumer quelques Gauloises que j’avais apportées de Belgique lors de mon récent voyage avec Claire en Europe.

Surprise !

Un jeune type est arrivé avec un grand chapeau sur la tète ! Il ressemblait à un ange. En fait, nous l’avions déjà rencontré à Badomo lors que nous avions accueilli Mr Erick Joseph dans l’équipe. Il parlait de choses mystérieuses et s’adressait toujours à moi comme s’il me connaissait depuis toujours. Ses propos étaient un contenu hétéroclite de sciences et d’ésotérisme, une sorte d’« alchimie supérieure ». Il devait être dans la trentaine ; il était barbu, avait la peau noire et les cheveux crépus comme la majorité des Haïtiens de ce pays. Et il prédisait l’avenir tel un Gitan égaré sous les Tropiques. J’ai partagé mon paquet de cigarettes avec lui, il se contentait pour sa part de me lire ma destinée à travers les nuages et les cendres de cigarettes : bref, un truc dingue, du jamais vu. Il a tracé d’un coup mon arbre généalogique comme la Bible l’a fait pour Jésus, en remontant jusqu’au premier ancêtre, Dieu lui-même.

Le jeune homme empruntait le chemin inverse, il allait vers la Ville de Saint-Marc. Mais avant de partir, il a prononcé deux mots étranges l’un comme l’autre : « NOVOTNIA – SATURNIA ». Crédules, nous avons tous les trois souri gentiment. Puis, après son départ, nous avons pris congé de la famille qui tenait le poste de vente et nous avait si bien accueillis.

Nous avons poursuivi notre chemin par la Grand-route pour arriver à Janain en passant par Guichamp et Lalouère. Nous sommes entrés dans l’enceinte du marché, appelé « Mache anfè ». Nous avons salué plusieurs marchandes et marchands avant de nous reposer sous le hangar qui tient lieu de marché. Curieusement, les éventuels usagers préfèrent étaler leurs provisions au bord de la route plutôt que de s’installer dans le hangar. L’état d’insalubrité ést flagrant. Un projet mal conçu !

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Nous avons franchi à nouveau le Pont Veuve sur la Rivière Veuve et nous nous sommes dirigés vers Lagarène.

Nous avons vite fait de traverser le cimetière de Guichamp puis nous avons marqué une brève pause devant l’Ecole Fondamentale de Guichamp. Enfin nous avons laissé derrière nous l’Eglise Catholique de Lalouère qui est fermée et sans aucun fidèle.

Notre escale au Marché dit « Mache anfè » n’avait pas été trop longue. Nous avions simplement salué quelques marchandes et marchands puis nous avions repris la Grand Route au kilomètre 7. Il nous restait 500 mètres à franchir pour arriver au terminus de Lagarène.

Après notre périple sur la Grand-route, nous sommes descendus au canal de Lagarène en dévalant une légère pente en aval et sur la gauche de la route. Nous avons examiné de fond en comble le début du canal et la prise d’eau, rudimentaires et empiriques comme d’ailleurs tous les autres canaux et prises d’eau de la Région à l’exception du Canal de Procou et celui de la localité de Villejoint, tous deux améliorés en 2001 par le Programme de l’Etat, PPI, Petits Périmètres Irrigués. Le Programme PPI avait été financé par la Caisse Nationale Française mais est resté inachevé.

Après avoir parcouru un kilomètre, nous sommes tombés sur deux jeunes paysans agriculteurs qui récoltaient des pistaches ou cacahuètes, comme on dit en Europe et en Amérique. Ils nous ont invités à partager leurs repas de midi. Les mets étaient composés d’« arbre véritable » boucané au sel. Le repas était sobre mais délicieux car les fruits d’arbre véritable étaient tous tendres, à peine cueillis de l’arbre. Nous avons mangé à notre faim. Nous nous sommes désaltérés avec un peu d’eau fraiche servie dans des « couies », une espèce d’ustensiles fabriqués à l’aide des noyaux des fruits du calebassier. L’ustensile était propre, il faut le dire ! Le sel était acheté en Ville, au Marché Dartiguenave, le marché principal de tout le Bas-Artibonite. Le sel est normalement vendu par des commerçants de la Commune de Grande-Saline via le Port de Saint-Marc.

Après avoir quitté les jeunes agriculteurs, nous avons repris notre chemin en direction de la localité de Janain, bastion du feu Geffrard Philippe, un grand notable de Lalouère, propriétaire à la fois de moulins à canne, de guildiveries et de terres cultivables et cultivées. Il est décédé à New York, aux Etats-Unis il y a quelques années. Selon les informations dont nous disposons, Mr Erick Joseph et moi, ce sont ses enfants naturalisés américains qui devaient prendre le relais mais ils refusent catégoriquement de quitter les Etats-Unis d’Amérique pour retourner en Haïti. Ce qui est bien dommage !

Ayant traversés monts et vallées, champs et rivières, à travers les petites pistes internes de la région, nous avons du effectuer un long détour qui nous a amenés aux confins du village de Bally dans les limites de Grand Fond non loin du Grand Carrefour de Pont Sondé. La prise d’eau et le début du canal de Bally sur la rive droite de la Rivière Kobe avaient été démolis par les cyclones de Gustav, Hanna et Ike et les pluies successives qui se sont encourues depuis 2008.

Erick était persuadé que l’on pouvait faire monter l’eau sur le petit plateau de Bally en construisant un canal de déviation d’un kilomètre de périmètre jusqu’au sommet du monticule qui domine le vallon. Mais ses conseils n’ont jamais été pris en compte. Malheureusement ! Car les études topographiques que nous avions réalisées ont prouvé la justesse de ses points de vue.

Nous avons fait escale chez Ancelot, l’un des hommes les plus actifs dans le développement de Bally. C’est sous sa direction que les habitants du village se sont unis pour percer la route de Bally depuis la Grand-route jusqu’à Bally. Ancelot n’était pas là mais des membres de la famille nous ont allègrement reçus et servis un peu d’eau dans une cruche et des gobelets en argile.

Canal_MerikenNous avons opéré un nouveau détour et nous sommes arrivés dans les environs de Roussette là ou se trouvent un moulin à canne et une guildiverie. En prenant à droite, nous avons longé le Canal Mériken puis traversé des champs de mais et de patate douce pour arriver vers l’endroit ou, à Barbe, se fait la jonction des deux Rivières Kobe et Veuve, là justement ou prend naissance la Grande Rivière de Saint-Marc, à 5 kilomètres de la Ville.

Nous avons effectué  la traversée à dos de mule et de cheval pour arriver au Village de Badomo en longeant la source Négriel et les murs en gabions de la Rivière Veuve. Il était déjà trois heures deChez Neurane l’après-midi et notre dernière halte au petit Restaurant « Chez Neuranne » nous a permis de nous restaurer. Le plat du jour était : Riz, Sauce Pois et Mirliton.
Après le repas, nous avons pris congé de Neuranne et de ses nombreux clients puis nous sommes descendus vers Saint-Marc, James et moi, en conduisant Mr Erick Joseph chez lui


Une journée venait d’être terminée ! La journée de demain promettait d’être plus rude et difficile !

 

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Mise à jour le Vendredi, 09 Juillet 2010 08:03