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La région de l’Artibonite est généralement considérée comme le grenier d’Haïti, mais en réalité, c’est plutôt la Région du Bas Artibonite, mal considérée d’ailleurs, qui constitue le creuset nourricier du pays, eu égard à sa production rizicole (dans les années de la dictature 1970 et 1980) qui suffisait largement pour la consommation locale, au point qu’Haïti arrivait facilement à exporter une partie de ses récoltes. La détérioration du Système Global d’Irrigation, à cause de la rupture du barrage de Canot en 1972, n’a pas permis de poursuivre sans heurts une telle ambition. L’impact de cet incident sur la production rizicole avait été très néfaste. On a du recourir à des importations massives de riz pour la consommation locale.
Un autre événement non moins catastrophique s’est produit à la même époque : l’effondrement du pont de l’Estère en avril 1973, provoquant la rupture, pendant un certain temps, des communications routières normales entre les départements de l’Ouest, du Nord et une partie de l’Artibonite.
Révolte paysanne à Saint-Marc : l’affaire Bocozelle
Si les cas de dépossession sont patents à l’échelle du pays, ils n’ont pas suscité jusque-là de révoltes analogues à celle de l’Artibonite où les problèmes agraires se sont posés en termes des plus dramatiques. La plus importante des révoltes paysannes dans la région de l’Artibonite a été signalée à Bocozelle, non loin de la Grande Ville de Saint-Marc. Le niveau de vie du Paysan Artibonitien n’a pas varié depuis 1950. Il tend à se dégrader de plus en plus, au fur et à mesure de la croissance démographique.
L’embrigadement massif des Paysans dans la milice duvaliériste, et même après, avait suscité chez eux le gout de l’autoritarisme et l’abandon du travail agricole, d’où la rareté de la main-d’œuvre dans la région et l’émergence d’une mentalité de rapine qui prévaut jusqu’aujourd’hui. De nombreux Paysans refusent actuellement de cultiver la terre et se plaisent dans cette inertie. Ils préfèrent épier les activités de leurs voisins pour les déposséder, au besoin, avec la bénédiction de certains avocats, arpenteurs et notaires sans scrupules des Gonaïves et de Saint-Marc qui, eux, acceptent souvent de citer les voisins en justice. De là, toutes sortes de magouilles judiciaires, des plus louches à celles apparemment « innocentes ». Souvent la corruption aidant, ces rapaces dénichent des juges ou des procureurs véreux pour trafiquer la justice en leur faveur. Il va de soi que maints Paysans, en dépit de moyens adéquats pour cultiver la terre, se montrent néanmoins très réticents, par crainte d’une procédure en dépossession illégale et abusive. Cette situation constitue, à n’en point douter, l’une des causes de la désorganisation des plantations de riz et d’autres cultures dans la Région de l’Artibonite.
Évolution de la situation de 1975 à nos jours
Les campagnes de l’Artibonite n’ont pas connu de progrès notables après la chute des Duvalier et surtout à l’avènement d’Aristide au pouvoir.
Si la production de riz a sensiblement augmenté, elle n’a pas permis pour autant de compenser l’accroissement de la population artibonitienne qui était passée de 630 000 habitants en 1971 à 812 548 en 1989. À l’heure actuelle, cette population a poussé de plus d’un cran : environ 3 millions d’habitants. Les conditions de vie des populations rurales se sont dégradées à un point tel que l’assistance alimentaire est devenue une panacée face à l’incapacité des pouvoirs publics.
Les produits en déclin
Parmi les produits agricoles qui évoluent de plus en plus à la baisse, on peut citer le café, le sisal et le coton. La production de café n’a jamais atteint le chiffre record de 1950 : 40 000 tonnes. Elle a manifesté une nette tendance à la régression : 32 000 tonnes en 1970, 39 250 tonnes en 1980 et 38 447 tonnes en 1989, ce qui est préjudiciable à l’économie haïtienne car, en vertu de l’Accord International sur le café, les pays exportateurs de ce produit ont l’obligation d’honorer leurs quotas. Il en est de même du sisal. La production a diminué de moitié, ayant passé de 30 000 tonnes en 1950 à 17 000 tonnes en 1970 et 1980. Quant à la figue-banane, après l’euphorie des années quarante, elle est redevenue la denrée de consommation locale comme auparavant. Elle ne compte plus pratiquement parmi les exportations. Le coton avait atteint son apogée dans les années trente mais les exportations ont décliné à partir de 1935 quand le « charançon mexicain » s’est abattu sur les plantations cotonnières.
Les produits en stagnation
Ce sont le cacao, le mais et la canne-à-sucre. Depuis l’époque coloniale, le cacao demeure, en Haïti, un produit de seconde zone. La stagnation de la production de cacao s’explique pour des raisons d’ordre à la fois national et international. Tout d’abord, dans les années trente, la crise des débouchés. Ensuite, la destruction des champs de cacao au bénéfice des plantations de sisal. En général, la production de cacao haïtien est très dérisoire ; elle est inférieure de huit à neuf fois celle de la République Dominicaine. En ce qui concerne le maïs, la production reste statique depuis 1950 mais avec un léger déclin à partir de 1991.
La Problématique en soi
La faible productivité du secteur agricole communal résulte de la défaillance des structures physiques et humaines caractérisées à la fois par la faiblesse organisationnelle des paysans et la carence des services d’accompagnement : recherche agronomique, encadrement technique et financier, etc. Cette situation témoigne du niveau de production de la région d’ailleurs nettement inférieur à la demande locale, parallèlement à l’accroissement des produits importés.

Pour remédier à cette situation, il est impératif de commencer à mettre sur pied la construction de vastes réseaux d’irrigations dans le pays, particulièrement dans la Commune de Saint-Marc et les Hauts de Saint-Marc, en vue de promouvoir la revalorisation des cultures et des champs.Le CIDeCS travaille sur un Projet vaste et ambitieux qui permettra de réhabiliter tout le Système des Périmètres Irrigués de l’Artibonite en commençant par les Hauts de Saint-Marc puis la Commune de Saint-Marc et enfin toute la Région du BACA ou Bas Artibonite-Côte des Arcadins depuis Grande Saline jusqu’à Belladère et de Lully jusqu’à la Chaine des Matheux.
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